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PRESQU'ÎLE ROLLET
ROUEN
1 > 3 JUIN 2018

« L’écoute et la transe : d’un goût secret de la musique populaire pour l’abandon de soi »

La transe n’est pas une seule forme d’expérience, elle est multiple et changeante. Dans le film Transes (1981) d’Ahmed El Maanouni, consacré au groupe marocain Nass El Giwhane, on assiste à toutes sortes de transes. Celle d’un public nombreux échauffé par l’intensité du groupe, les percussions répétitives, les chants exaltés, la force politique et existentielle des paroles chantées ; celle d’une femme seule progressivement possédée par la musique que jouent les musiciens à ses pieds, celle des musiciens eux-mêmes. Il y a manifestement toute une variété possible de transes, mais la plupart requiert une sorte de formation initiatique voire chamanique, comme une éducation à l’abandon de soi… pour se laisser investir par des forces qu’on ne maîtrise pas. Très souvent toutefois, la transe est associée à de la musique, comme si, entre ces deux-là, existait une alchimie secrète. Battements rythmiques, techniques vocales d’hyperventilation, fréquences particulières : la transe passe par la vibration, par l’écoute. Dans l’expérience de la musique, elle nous dispose à des modifications psychiques et physiologiques. Elle promet un transport, une expérience risquée. De son pouvoir sur les individus « autonomes », en Occident, on s’est beaucoup méfié. C’est avant tout dans les musiques populaires — traditionnelles mais aussi pop — qu’on la convoque et la cultive, mais comme une expérience extatique, une expérience d’évasion. À se demander quel genre de transe nous recherchons vraiment en partant de l’écoute de ces musiques là et à quel genre de transe nous sommes ainsi formés.

Agnès Gayraud enseigne la philosophie à la Villa Arson (Ecole Nationale Supérieure d’Art de Nice), elle mène depuis dix ans le projet musical La Féline, dont deux albums sont parus Adieu l’enfance (2014) et Triomphe (2017). Elle s’apprête à publier en septembre un ouvrage philosophique consacré à l’esthétique des musiques populaires enregistrées, Dialectique de la pop (la Philharmonie/La Découverte).

« Quand le 106 m'a proposé de m'associer à la programmation du festival Rush, j'ai tout de suite pensé à inviter Agnès. Je l'ai rencontrée il y a peu, et ai découvert qu'outre sa pratique musicale sous l'alias « La Féline », elle était aussi une philosophe, spécialisée dans des questions d'esthétique musicale. Je l'ai invitée à nous parler, bien sûr, des musiques de transe. »

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